
Jusqu’à la fin du mois, les Bulgares peuvent utiliser aussi bien leur ancienne monnaie, le lev, que la monnaie unique européenne. Mais ils craignent que la nouvelle monnaie alimente l’inflation
Le 1er janvier 2026, la Bulgarie est devenue le 21e pays à adopter l’euro, qui circule jusqu’à la fin du mois en parallèle avec l’ancienne monnaie bulgare, le lev, au taux de change de 2 levs pour un euro.
L’arrivée des nouvelles pièces et billets s’est faite sans euphorie, seuls 42% de la population se déclarant en faveur de la monnaie unique européenne, selon la dernière enquête Eurobaromètre. Dans ce pays des Balkans de quelque 6 millions d’habitants, le plus pauvre de l’Union européenne, les habitants craignent avant tout que l’inflation, déjà élevée (3,7% sur un an en novembre 2025, contre 2,1% en moyenne européenne), devienne hors de contrôle. Les prix sont donc sous haute surveillance, et l’agence spécialisée du Ministère des finances a déjà reçu un millier de signalements de hausses de prix, dont 40% provenant de Sofia, la capitale, relève le média Offnews.
Et si des effets positifs sont attendus pour l’économie, le précédent croate n’est pas fait pour les rassurer: passé de la kuna à l’euro en 2023, la Croatie a certes vu une augmentation de 8% des touristes en provenance de la zone euro dans les mois suivants, mais elle affiche désormais une inflation encore plus élevée (4,3% sur un an en novembre 2025). Résultat: seuls 38% des Croates affirment en décembre 2025 que l’euro est une bonne chose pour leur pays, un chiffre qui a chuté de six points en un an et qui est le plus bas d’Europe.
Un saint et un moine sur les pièces de 1 et 2 euros
L’aspect des nouvelles pièces marque une forme de continuité avec le lev, mais ne manquera pas de surprendre les tenants les plus intransigeants de la laïcité ailleurs en Europe: dans une Bulgarie où 63% de la population se déclare orthodoxe, ce sont en effet des personnalités religieuses qui figurent sur la face nationale. La pièce de 1 euro montre Jean de Rila, saint patron du pays représenté avec une auréole et une croix à la main. La pièce de 2 euros représente quant à elle Païssii de Hilendar, un moine et historien du XVIIIe siècle. Enfin, la tranche de cette même pièce arbore l’inscription: «Que Dieu protège la Bulgarie.»
Comme le relève le journal français et catholique La Croix, il ne s’agit pas vraiment d’une première, puisque les pièces de 1, 2 et 5 centimes espagnoles représentent la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Quant aux tranches des pièces de 2 euros lettones et néerlandaises, elles portent une inscription similaire à la bulgare. En 2012, la Commission européenne avait toutefois exigé à la demande de plusieurs Etats membres la suppression des auréoles de deux saints représentés sur une pièce commémorative de 2 euros slovaque. Il est à supposer que dans la situation géopolitique actuelle, cet excellent sujet de polémique n’a pas paru prioritaire au sein de l’UE.
La situation politique bulgare est elle-même passablement compliquée, et le pays sans gouvernement depuis un mois: après plusieurs semaines de manifestations contre la corruption, le précédent gouvernement a fini par démissionner le 11 décembre 2025. En 2026, les Bulgares participeront aux huitièmes élections législatives depuis 2021.
Pour le moment, l’adoption de l’euro se fait toutefois sans heurt, et plus de 1,5 million de retraits ont été effectués aux distributeurs automatiques de billets en dix jours, se félicitait samedi l’Association des banques bulgares, citée par le site de la chaîne de télévision Nova, sans pour autant fournir de termes de comparaison.